dimanche 8 février 2009

séries US, une question de structure...


La force des séries américaines réside bien moins dans les recettes d'écritures pures (on n'est pas plus bêtes qu'eux...) que dans un contexte industrio-socio-culturel qui permet leur existence même.

Il y a quelques soirs de cela, à la fin de l'épisode de la série que nous regardons en ce moment, ma femme, qui n'est pas du tout du milieu de la télé, s'est retournée vers moi et m'a demandé pourquoi les séries américaines étaient si efficaces. Certainement un peu las de répondre à cette question, je lui ai rappelé qu'il était tard et que demain les enfants allaient se lever très tôt. J'aurais surtout dû lui dire que l'efficacité des séries US était une question de structure. Mais pas seulement, c'est plus compliqué que cela. Et là, on n'aurait pas été couché…
Ce qu'il faut bien savoir c'est que les histoires racontées par les séries télévisées ont été découpées en actes bien définis, non pas pour des raisons de dramaturgie, mais avant tout par la volonté des networks qui ont décidé, au sortir des années 60, d'installer les spots de publicité au milieu des programmes. Un système bien plus rentable que le sponsor unique traditionnel qui communiquait en début et fin d'épisode. Cette nécessité économique a eu pour effet de structurer les fictions et la manière de la raconter au téléspectateur. A partir de ce moment, on a assisté au formatage des histoires avec une structure quasi-immuable ressemblant, à peu de choses près, à ça : un prégénérique haletant (ou cold open), une exposition rondement menée puis une fausse piste suivie d'une importante révélation (turning point) , ensuite une tentative infructueuse de résolution (nouveau turning-point) et enfin une résolution (climax et éventuel pay-off). Une forme contraignante qui est aussi devenue un garde-fou au fil du temps. Le découpage de la très grande majorité des séries américaines est tellement imprimé dans nos rétines que si on nous demandait de construire une histoire, nous nous dirigerions assez naturellement vers cette structure qui a permis de produire tant de programmes depuis que la télévision existe.
Aujourd'hui, la plupart des séries se déclinent en quatre ou cinq actes. Avec des épisodes à qui l'on demande rigueur et efficacité. On va à l'essentiel en terme de narration car la minute est chère. La manière dont ont fondu les génériques de la plupart des séries coupées par la pub (network et câble premium) en est l'un des signes les plus voyants. Un épisode de série traditionnelle (enlevons les séries HBO / Showtime) tourne autour de 40 minutes et il faut les employer quasiment toute à installer, faire vivre et conclure une histoire que l'on doit reconnaître au premier coup d'œil. Les auteurs n'oublient jamais sur quelle série ils travaillent. Petit rappel : Une série de télévision américaine est un ensemble d'histoires mettant en scène des personnages dont nous allons suivre les trajectoires dans un univers déterminé. Chaque personnage avec ses moyens propres va suivre des buts. Chaque nouvelle histoire doit s'insérer dans ce schéma à la fois simplissime et ardu. C'est ce que les Américains appellent la « franchise » du show. Un ensemble de règles qui font la série. Sans elle, c'est le chaos.
Autre donnée importante. Les séries américaines sont placées dans un environnement hautement concurrentiel. Résultat, la franchise de la série doit être séduisante, c'est une évidence, mais ce constat doit également s'appliquer à chaque épisode et à chaque moment important de l'épisode. Chaque final d'acte doit dire « ne partez pas, après ça va être dément », cette course au teasing qui impose désormais des cliffhangers à chaque coupure pub peut paraître artificielle et fatigante. C'est simplement elle qui apporte le rythme tant loué des séries US. Et pour finir sur telle réplique de tel personnage, tout l'acte avant va devoir s'articuler d'une certaine manière, avec en point de mire, une efficacité maximale. Cette technique est très voyante voire agaçante sur des séries comme « 24 », « Lost » ou même « Weeds » mais elle s'applique aussi sur des oeuvres tendant vers le réalisme comme « Friday Night Lights ». Tous les auteurs américains avec qui j'ai pu en discuter, soulignent tous à peu près les mêmes choses. La contrainte est finalement un très bon moteur de création. La concurrence aussi, celle qui vous pousse à rendre des histoires avec le petit plus qui va faire la différence. Les délais également, souvent quasi-impossible à tenir, obligent les showrunners à procéder à des arbitrages radicaux. Quelquefois ça ne marche pas du tout. Mais chez les auteurs américains on sait qu'on peut toujours faire mieux la semaine suivante. L'efficacité est à ce prix. Il faut faire des paris et ce n'est pas à une chaîne de les proposer. Elle peut tout au plus les accepter. C'est déjà beaucoup. Bon, là bien sûr, ma femme dort depuis longtemps. Promis, je lui en parle demain soir.

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