Entretien réalisé avec David Simon en 2008
EV : Vous avez terminé récemment la production de « The Wire », série hors-norme qui restera dans les annales de la fiction télé. C'est facile d'arrêter une telle œuvre ?
C'était étrange mais j'ai eu tellement de boulot sur d'autres projets à ce moment précis que je n'ai même pas vraiment eu le temps d'y penser. Bien sûr, le dernier jour de tournage a été quelque chose de fort et pendant que nous faisions la fête et que nous nous embrassions tous, on savait qu'on finissait un truc énorme. De mon côté, je me suis retrouvé quasi-immédiatement en Afrique du Sud sur le tournage de « Generation kill », la minisérie sur la guerre en Irak qui sera programmée après « The Wire » sur HBO. En fait, je ne suis pas sûr que nous ayons bâti quelque chose avec « The Wire ». Je pense que la série est solide et que nos thèmes sont forts. Ça devrait se regarder encore un peu pendant quelque temps. Le temps nous le dira.
EV : Qu'avez-vous appris sur la télévision en produisant « The Wire » ?
J'ai appris que la télévision peut être un medium accueillant des histoires à la narration sophistiquée, surtout si vous êtes entouré de gens qui maîtrisent leur sujet en matière de photographie, de mise en scène, de jeu d'acteur et surtout que les responsables des chaînes vous laissent en paix. C'est beaucoup demander pour l'industrie de la télévision mais grâce au câble payant et à ses séries, c'est devenu chose possible.
EV : De quoi êtes-vous le plus fier s'agissant de « The Wire » ?
Je suis fier que nos intrigues et les thèmes que nous avions choisi d'explorer soient restés intactes et intègres pendant les soixante heures que dure la série. On a mis le paquet sur les arches narratives. On a jamais foncé dans des impasses pour les besoins d'un épisode qui nous faisait "triper". On est restés concentrés sur ce qu'on voulait dire. Chaque personnage introduit avait une fonction réellement définie. Nous savions ce qui allait arrivé à chacun de nos personnages. Je pense que l'ensemble de la série respire cette exigence.
EV : Que pensez-vous de cette nouvelle génération de série du câble qui opèrent une course vers des thèmes de plus en plus décalés ? N'est-ce pas une facilité de parler avec des langages orduriers, montrer de la violence ou des corps nus pour attirer les téléspectateurs ?
Je n'ai jamais envisagé ce type de scènes comme un avantage ou un désavantage. Mes personnages parlent d'une certaine manière et agissent comme ils doivent le faire. Ils font l'amour quand c'est utile pour l'histoire. Ils sont violents quand c'est utile pour l'histoire. Ce que je veux dire, c'est que nous n'écrivons pas des scènes en imaginant qu'elles vont nous rapporter des téléspectateurs, nous avons la faiblesse de croire que nos personnages agissent et font ce qu'ils ont à faire. Est-ce que les fictions du câble ne permettent-elles pas du même coup, une vision plus juste du monde ? C'est possible. En tout cas, sans la présence de ce genre de fiction à la télé américaine, je n'écrirais pas pour la télé mais j'écrirais plutôt des romans j'imagine. Cette vision est partagée par les autres scénaristes de « The Wire ».
EV : Après la fin de « The Wire », vous avez enchaîné avec la production de « Generation kill ». Ce n'est plus votre univers de Baltimore que vous connaissez si bien. Comment avez-vous fait ?
Je crois qu'on l'a bien fait surtout. « Generation Kill » représente pour moi, la meilleure œuvre journalistique sur la Guerre en Irak et j'ai été incroyablement honoré d'avoir été choisi pour adapter le livre d'Evan Wright pour HBO. Ce sera une mini-série de sept épisodes qui va être diffusées cette été aux Etats-Unis. Elle a été écrite par Evan Wright et Ed Burns, mon partenaire sur « The Wire » et également vétéran du Vietnam. Ed est venu avec moi en Afrique pour la totalité du tournage et on a collaboré avec Andrea Calderwood qui était producteur pour la compagnie anglaise Picture company. Nous avons travaillé avec eux et George Faber pour ce qui est, à mon goût, une superbe réussite. Nous avions un peu peur de travailler hors du cocon fabriqué à Baltimore mais en fait, il nous était impossible de mener de front la dernière saison de « The Wire » et la préparation et l'écriture de « Generation kill ». Cela étant dit, je dois quand même dire que le travail a été facilité par la présence d'Evan Wright lui-même. C'était lui, le journaliste assis dans le Humvee en 2003 et son point de vue ainsi que ses idées étaient essentielles pour le projet. C'est son histoire et notre mini-série relate cela.
EV : Qu'avez-vous fait durant la grève menée par WGA contre les studios et les networks ?
J'ai fait pas mal de travail de post-production et j'ai supervisé la fin de la production de « Generation kill », il faut dire que la firme qui produisait la mini-série n'était pas affiliée à la WGA et le projet était terminé au 5/6eme. Stopper le travail à ce moment pour moi aurait été stupide et improductif, cela dit je n'ai rien écrit durant la grève de la WGA que je soutenais totalement. J'étais très partisan de finir la mini-série car je pense qu'elle serait plus à sa place diffusée en pleine élection présidentielle. Il était donc plutôt bien vu de mener le projet jusqu'au bout.
EV : Cette grève, qui l'a gagné au final ?
La WGA a remporté des choses mais les studios ont réussi à conserver des acquis. La grève était une nécessité. La position des studios concernant les futurs revenus numériques était complètement scandaleuse. En fait, nous aurions dû régler cette question il y a trois ans voire même six. Malheureusement, à cette époque, la guilde des auteurs était dirigée par une poignée d'incapables qui ont préféré jouer la carte de leurs intérêts personnels car ils étaient liés avec les studios. La situation s'est dégradée et lors de la grève 2007-2008, il était dur de négocier quelque chose. Aujourd'hui le problème des revenus sur les DVD est un problème. Si vous ne me croyez pas, je vous montrerai mes relevés de residuals (NDA : sorte de droit que l'auteur au moment des diffusions ou d'un achat en DVD par exemple). Sur les ventes de DVD de « The Wire ». Je reçois des chèques de 19 dollars, 22 dollars… Nous n'avons jamais eu une part du gâteau du lucratif marché des DVD parce qu'elle n'a jamais été négociée. C'est pour cela que nous avons décidé de nous accrocher avec les nouveaux médias. Il aura fallu la grève de ces derniers mois pour que nous en parlions.
EV : Comment voyez-vous le futur de la télé américaine ?
Je sais une chose : le système des audiences mésurées par Nielsen est dans une phase de mort lente. La télévision US va se transformer en quelque s'approchant d'une bibliothèque de prêt avec des téléspectateurs qui voudront regarder exactement ce qu'ils veulent au moment où ils le veulent. La popularité d'une série va se mesurer en épisodes téléchargés en VOD. Le dimanche soir, tout au long de sa carrière, « The Wire » a attiré en moyenne un million de téléspectateurs. Mais finalement, nous étions intéressants pour HBO car nous générions de solides VOD, le passage sur HBO2 un peu plus tard dans la semaine n'était pas négligeable non plus et nous étions parmi les séries les plus téléchargées illégalement. Je ne parle même pas des 500 000 DVD vendus. Etre avec HBO me permet d'écrire des séries ambitieuses mais aussi de travailler avec un diffuseur qui a compris les nouvelles données de l'internet.
EV : Avez-vous l'impression d'avoir été influencé par d'autres séries TV ?
Je ne suis pas un enfant de la télévision. Je la regarde très peu. J'admire le travail effectué sur « The Sopranos » ou « Deadwood » et j'ai découvert récemment les joies de « Weeds » sur Showtime. J'ai aimé regarder « The Honeymooners » quand j'étais gamin mais ça s'arrête à peu près là. Je lis beaucoup et j'utilise une logique tout droit sortie des structures cinématographiques plutôt que des formes imposées de l'écriture télé classique. C'est une façon de raconter des histoires qui me convient mieux.
EV : « The Wire » raconte l'Amérique. Une autre série l'a fait, d'une autre façon, il s'agit de « The West Wing » d'Aaron Sorkin. Voyez-vous des points communs entre votre série et la sienne ?
Il n'y a pas de liens que je puisse réellement discerner. J'ai vu assez d'épisodes de « The West Wing » pour conclure que la série ne restitue pas les réalités de la politique américaine d'aujourd'hui. Du coup, ça ne m'intéresse pas. Pour le reste, ça semble très bien écrit mais c'est bien trop théorique pour moi. Ça ne restitue pas assez selon moi l'effet d'inertie qui caractérise notre système actuel.
EV : Quel sera votre prochain projet ? Souhaitez-vous développer un nouveau projet dans l'univers de Baltimore ou vous sentez-vous prêt à partir à L.A ou New-York ?
Ça sera La Nouvelle-Orléans si tout se passe bien. J'espère pouvoir créer une série basée sur un quartier renaissant dans l'après-Katrina. Un endroit dans lequel des musiciens mais aussi des gens de tous les jours tentent de reconstituer leurs vies.
EV : Selon vous, quel est le futur de la télévision en terme de modèle économique et de production ?
Aujourd'hui, la narration audiovisuelle dépasse toutes les autres. Ce qui est plutôt regrettable car les livres restent un moyen inégalé pour faire passer des nuances et traiter des thèmes que l'audiovisuel ne peut approcher ou alors de manière ampoulée et artificielle. En 50 ans d'existence, la télévision américaine a dû s'adresser à une audience de masse pour laquelle elle a dû créer une narration évitant le plus possible les controverses, les sujets trop pointus ainsi que les sujets les plus tabous. Le câble a profondément changé cet état de fait et internet sera le prolongement de cela. Aujourd'hui, le câble payant autorise la production de séries avec des points de vue très forts, des questions politiques et une écriture intelligente. Les chaînes qui produisent de tels programmes n'ont pas besoin d'audience monstre. Elles produisent des séries pour lesquelles quelqu'un accepte de payer une somme d'argent pour s'abonner à la chaîne. « The Wire » n'aurait jamais pu exister sur un network. Elle n'aurait jamais eu une audience nécessaire. Le fait que nous soyons sur HBO qui cherche à diffuser des séries qui ne passent nulle part ailleurs, nous a permis de durer cinq saisons. Quoiqu'on en dise, l'avenir est plutôt à ce genre de production qu'à des séries de grande écoute. Et moi, ça me plaît.
Eric Vérat • mars 2008
mardi 29 septembre 2009
mardi 8 septembre 2009
Quoi, tu ne regardes pas Glee ?
Alors que toutes les nouvelles séries US sont sur le point de commencer (Flash Forward...), une question se pose comme chaque année. Comment réussir à regarder tout ce que l'on voudrait regarder entre les nouveautés, les séries en cours et les oeuvres à rattraper. Je m'aperçois en parcourant les piles de DVD qui jonchent le sol de mon bureau que je pourrais facilement me passer d'achats ou de prêts ou de dons de séries pendant au moins une saison.
Le problème c'est que l'on peut bien regarder l'intégrale de "Clair de lune" ou "Hill Street blues" dans son coin, pendant ce temps-là le monde avance. Trop vite, beaucoup trop vite. Les intégrales avalées en quinze jours, c'est n'importe quoi ! Je me répète peut-être mais je trouve que rien que pour ça, le téléchargement ne devrait pas être autorisé sur la toile (en dehors de toute question éthique ou légale). Quand on prend la comparaison avec les livres, Martin Winkler dit qu'il est aussi bête de parler d'une série dont a vu qu'un épisode ou une saison (alors que ledit programme en compte dix fois plus), que d'arrêter un livre après un chapitre ou deux et vouloir en parler avec autorité. La nature des séries est différente me direz-vous. Ces programmes s'étalent sur la longueur. Longueur, un mot qui aura bientôt disparu de la circulation tant aujourd'hui tout va vite. Tout est possible à n'importe quel moment (je parle des séries mais cela s'applique aussi aux pizzas). Sans vouloir faire l'ancien combattant, j'ai vécu une enfance à trois chaînes. FR3 était et noir et blanc et TF1 a révolutionné le PAF en diffusant de la télénovela à 19H. J'ai vu des milliers d'heures de télévision. Et il n'y a rien que je ne regrette plus que ces petits rendez-vous à heure fixe où l'on se délectait de savoir qui avait tué ou trahi. On avait également le droit d'être déçu. Tout ça, c'était des moments précieux : "Twin Peaks" à 21h le mardi sur La Cinq, "La Loi de Los Angeles" le mercredi soir tard sur la même chaîne, "Hill street blues" au tout début de Canal, "Seinfeld" le dimanche soir sur Jimmy, "Un flic dans la mafia" en début d'après-midi sur TF1, "Urgences" sur France2. Bon, je pourrais en faire quinze pages donc je m'arrête là. De toute façon, ceux qui n'ont pas connu ça, ne peuvent pas comprendre. Tout ça pour dire que les séries sont précieuses et que j'ai trop souvent l'impression d'une boulimie d'images qui ne sert à rien sinon à appauvrir le genre et à le comparer à un robinet de niaiseries.
Le problème c'est que l'on peut bien regarder l'intégrale de "Clair de lune" ou "Hill Street blues" dans son coin, pendant ce temps-là le monde avance. Trop vite, beaucoup trop vite. Les intégrales avalées en quinze jours, c'est n'importe quoi ! Je me répète peut-être mais je trouve que rien que pour ça, le téléchargement ne devrait pas être autorisé sur la toile (en dehors de toute question éthique ou légale). Quand on prend la comparaison avec les livres, Martin Winkler dit qu'il est aussi bête de parler d'une série dont a vu qu'un épisode ou une saison (alors que ledit programme en compte dix fois plus), que d'arrêter un livre après un chapitre ou deux et vouloir en parler avec autorité. La nature des séries est différente me direz-vous. Ces programmes s'étalent sur la longueur. Longueur, un mot qui aura bientôt disparu de la circulation tant aujourd'hui tout va vite. Tout est possible à n'importe quel moment (je parle des séries mais cela s'applique aussi aux pizzas). Sans vouloir faire l'ancien combattant, j'ai vécu une enfance à trois chaînes. FR3 était et noir et blanc et TF1 a révolutionné le PAF en diffusant de la télénovela à 19H. J'ai vu des milliers d'heures de télévision. Et il n'y a rien que je ne regrette plus que ces petits rendez-vous à heure fixe où l'on se délectait de savoir qui avait tué ou trahi. On avait également le droit d'être déçu. Tout ça, c'était des moments précieux : "Twin Peaks" à 21h le mardi sur La Cinq, "La Loi de Los Angeles" le mercredi soir tard sur la même chaîne, "Hill street blues" au tout début de Canal, "Seinfeld" le dimanche soir sur Jimmy, "Un flic dans la mafia" en début d'après-midi sur TF1, "Urgences" sur France2. Bon, je pourrais en faire quinze pages donc je m'arrête là. De toute façon, ceux qui n'ont pas connu ça, ne peuvent pas comprendre. Tout ça pour dire que les séries sont précieuses et que j'ai trop souvent l'impression d'une boulimie d'images qui ne sert à rien sinon à appauvrir le genre et à le comparer à un robinet de niaiseries.
lundi 31 août 2009
Retour sur la disparition estivale de John Hugues
Quand la nouvelle de la mort de John Hugues (59 ans) est tombée, j’étais justement en train de penser à une liste de films pour ce blog. Dix ou quinze long-métrages qui, à l’instar de séries comme Les Mystères de l’Ouest, La Petite maison dans la prairie, Chapeau melon et bottes de cuir, The West Wing ou Les Sopranos ont forgé mon sens de l’image, de la narration. Une fois la liste mentalement établie, je me suis aperçu que deux des films de cette courte liste étaient signés John Hugues. Breakfast Club et La Folle journée de Ferris Bueller.
Bien sûr, ces deux films n’apparaitraient pas dans un panthéon absolu des chef d’œuvres du septième art. Il n’empêche qu’avec ces comédies de mœurs, on se souvient des années 80. Comme les grandes séries de Steven Bochco au tournant des années 80/90, les films de Hugues auxquels ont peut ajouter Sixteen candles mais également un ensemble de films qui empruntent les mêmes sentiers sans être signés de sa main sont les représentants d’un cinéma honnête, de bon goût qui ne fuie pas ses responsabilités mais décide simplement de ne pas franchir certaine barrière en terme de thèmes abordés (c’était d’ailleurs bien plus jouissif…).
Au visionnage de ces films, on voit toute l’évolution des choses devenues possibles dans des films comme American Pei ou encore en regardant le cinéma de Judd Apatow, le digne fils spirituel de Hugues. Et on peut parier que si ce dernier n’avait pas remporté le jackpot en tant que producteur avec « Maman, j’ai raté l’avion ! », il aurait pu aussi se tourner vers la télévision. On l’aurait bien vu écrire l’excellente et trop sous-estimée Freeks and geeks (à ce sujet lisez l’article de Caroline Veunac) dans Générique(s) du mois de juillet.
> Regardez Ferris Bueller pour la scène de Mr Rooney le conseiller d’orientation qui demande à voir le cadavre du grand-père d’un élève qu’il soupçonne de vouloir sécher les cours.
> Regardez Breakfast Club, pour Don’t you des Simple Minds et pour la très jolie peinture de la jeunesse américaine d’alors. Le film occulte bien de vrais problèmes mais ça fait du bien de rêver un peu.
Bien sûr, ces deux films n’apparaitraient pas dans un panthéon absolu des chef d’œuvres du septième art. Il n’empêche qu’avec ces comédies de mœurs, on se souvient des années 80. Comme les grandes séries de Steven Bochco au tournant des années 80/90, les films de Hugues auxquels ont peut ajouter Sixteen candles mais également un ensemble de films qui empruntent les mêmes sentiers sans être signés de sa main sont les représentants d’un cinéma honnête, de bon goût qui ne fuie pas ses responsabilités mais décide simplement de ne pas franchir certaine barrière en terme de thèmes abordés (c’était d’ailleurs bien plus jouissif…).
Au visionnage de ces films, on voit toute l’évolution des choses devenues possibles dans des films comme American Pei ou encore en regardant le cinéma de Judd Apatow, le digne fils spirituel de Hugues. Et on peut parier que si ce dernier n’avait pas remporté le jackpot en tant que producteur avec « Maman, j’ai raté l’avion ! », il aurait pu aussi se tourner vers la télévision. On l’aurait bien vu écrire l’excellente et trop sous-estimée Freeks and geeks (à ce sujet lisez l’article de Caroline Veunac) dans Générique(s) du mois de juillet.
> Regardez Ferris Bueller pour la scène de Mr Rooney le conseiller d’orientation qui demande à voir le cadavre du grand-père d’un élève qu’il soupçonne de vouloir sécher les cours.
> Regardez Breakfast Club, pour Don’t you des Simple Minds et pour la très jolie peinture de la jeunesse américaine d’alors. Le film occulte bien de vrais problèmes mais ça fait du bien de rêver un peu.
jeudi 23 juillet 2009
En attendant d'autres aventures...
Voici venu le temps des vacances. Ce blog va s'endormir au soleil quelques semaines. Je vous promets bientôt des critiques de "Breaking Bad 2", "30 Rock 3", "Glee" mais aussi la suite de mes séries de rêves, quelques billets d'humeur sur les meilleurs génériques de l'histoire de la télévision et puis aussi quelques anecdotes venu des coulisses de la télévision où j'officie en tant que modeste auteur. Ajoutez à cela quelques chapitres des aventures d'un french auteur à Hollywood et vous aurez le programme de rentrée de "Et vous voyez ça pour quelle chaîne".
En attendant, écoutez-moi en compagnie de mon compère Benoît "Dr Green" Lagane tout le mois d'Août sur l'antenne de France-Culture. ça commence le Lundi 27 juillet 2009 et c'est à 19h tous les jours de semaine dans une émission intitulée Série télé : le monde en 25 épisodes (référence à notre émission de l'an passé (disponible à cette adresse : http://www.heraut.eu/fculture/).
A très vite. Bonjour chez vous !
En attendant, écoutez-moi en compagnie de mon compère Benoît "Dr Green" Lagane tout le mois d'Août sur l'antenne de France-Culture. ça commence le Lundi 27 juillet 2009 et c'est à 19h tous les jours de semaine dans une émission intitulée Série télé : le monde en 25 épisodes (référence à notre émission de l'an passé (disponible à cette adresse : http://www.heraut.eu/fculture/).
A très vite. Bonjour chez vous !
lundi 6 juillet 2009
Série de rêve (4) - Veronica Mars


Autre candidate au petit club des séries de rêve, « Veronica Mars », show multi-facettes malin et graphique bien dans l’air du temps des mid-2000. Je mets en ligne les trois papiers (d’époque) que j’avais écris pour www.series-etc.com. J’envie les gens qui n’ont encore rien vu.
Mars, Veronica Mars.
Dotée dès son pilote d'une ambiance et d'un style que bien peu de séries peuvent se targuer de posséder au bout de plusieurs saisons, "Veronica Mars" joue les grandes en adoptant la figure de production à la mode : le feuilletonnant à suspens. Un casting de premier ordre un producteur poids lourd et surtout une bonne histoire qui se boucle en fin de première saison : c'est Veronica Mars.
La meilleure série de 2005 n'est pas "Lost" ou "Desperate Housewives", et Dieu sait que, pour différentes raisons, on les apprécie ces deux-là ! Non, la meilleure série de l'année est emmenée par un petit bout de femme. Une "adulescente" au nez retroussé au look branché cool et à l'audace communicative. "Veronica Mars" commence comme un teen-show, avec quelques épisodes un poil mous du genou, avouons-le, pour finalement dévoiler les atours d'une grande série. Personnages complexes, casting racé, guest stars jouissifs, coups de théâtre millimètrés et réalisation haut de gamme. Normal, quand à la baguette de producteur, on trouve Joel Silver -l'homme qui produit les blockbusters par trilogie, (ça va plus vite), "Lethal Weapon", "Die Hard" et "Matrix"- on ne s'attend pas à voir débarquer un épisode de Santa-Barbara ! Veronica Mars surfe sur la vague des séries dites de « rendez-vous ». Grâce à plusieurs intrigues sous-jacentes très fortes, le meurtre de sa meilleure copine, la disparition de sa mère et le quasi-viol dont Veronica, elle-même, est victime lors de sa première expérience sexuelle, la série tisse un climat à la fois malsain mais aussi tendu avec une héroïne très forte, quasiment une super-héroïne, à qui rien (ou presque) ne peut arriver. "Veronica Mars" fonctionne à merveille parce qu'elle joue avec l'ingrédient à la mode : être une série au genre indéfinissable, jouer sur différents tableaux, avec une palette de genres efficaces. "Veronica Mars" mime donc avec bonheur les codes des séries de lycées (high-school show) pour mieux jouer avec les éléments du film noir et du thriller. Le PI, Private Investigator, figure archi-traitée dans les séries US bénéficie du côté de Neptune, ville des milliardaires à quelques encablures de San Diego, d'un traitement décomplexé, presque relu. Un peu comme l'avait fait "Magnum" dans les années 80. On peut être un détective privé et avoir des faiblesses, se tromper ( les moustaches et les chemises hawaïennes en moins). Veronica et son père mènent des enquêtes parfois ensemble, parfois séparément. Et bien sûr, au-delà de l'enquête du jour, chacun à son tour nous montre qu'il ne s'est pas résigné. Le meurtrier de Lily Kane doit tomber. La série utilise deux outils de narration, somme toute classiques, mais avec une efficacité avérée. La voix-off, distanciée, à la "Sex and the city" et des flash-back joliment réalisé et toujours signifiants. Rob Thomas, le créateur de la série prend un malin plaisir à brouiller les pistes en nous jetant dans les pattes, une dizaine de coupables potentiels. Des personnages bien sentis avec des trajectoires plutôt surprenantes. La série n'évite pas, comme toute fiction avec un rythme narratif aussi risqué, quelques épisodes un peu plus faibles (voir guide). L'ensemble reste d'une qualité très haut de gamme. Une bande-son indé efficace sortis des college chart (The Dandy Warhols, Spoon, Ivy, The Format) [www.veronicamarsmusic.com] vient soutenir une réalisation, présente mais pas trop, une mise en image colorée qui joue le jeu du mystère mais aussi de la sensualité sea sex and sun. "Veronica Mars" joue le jeu d'une écriture entièrement basée sur les ressorts de la surprise et du dérangement du spectateur.
La première saison est relativement équilibrée avec un gros point fort pour les cinq derniers épisodes de la saison où le puzzle déconstruit par Rob Thomas en début de saison se met patiemment en place. Le "final" est un des meilleurs épisodes de conclusion de ces dernières saisons. Exit le teen-show, place au slasher avec poursuite, voiture qui tombe en rade dans les bois déserts et nocturnes. Et un tueur qui rôde...
"Veronica Mars" est le type de série à laquelle on s'accroche grâce à un paquets de petits on-ne-sait-quoi. Et même si l'audience n'est toujours pas au rendez-vous (et ce, malgré des rediffusions estivales sur la chaîne n°1 CBS), la série est en train de bâtir son petit bout de notoriété grâce à des qualités artistiques patentes et au charisme d'un casting emmené par la pétillante Kirsten Bell qu'on aurait aimé avoir comme copine au bahut, pétillante et convaincante à souhait pas comme Stéphanie machin de la seconde E ! L'autre force côté comédien, ce sont les rôles dévolus aux adultes. Généralement, dans les teen series, les parents sont toujours parqués dans un périmètre assez convenu. Ici, les adultes, vivent, ils ont eu des liaisons, des blessures, ils cachent des mystères, de sombres desseins, marque de fabrique de la série toute entière. Que se soit Harry Hamlin, en acteur hollywoodien sur le retour, Kyle Secor, en Bill Gates sexy, la galerie de personnages fonctionne avec une rare efficacité. On ne vous parle même pas des arrivées de Charisma Carpenter en ex-Lakers girls nymphomane et Allyson Hannigan en fille à papa complétement barrée. Ce sont tous les petits détails qui viennent s'agréger autour du personnage réussi de Veronica et de sa bande de potes qui font de "Veronica Mars" une série différente. Celle qu'il faut regarder. Après cela, ne dites pas, qu'on ne vous a pas prévenu.
Veronica Mars 2 : Un cran au dessus
C'est pour nous la fiction la plus aboutie du moment avec quelques séries médicales ("Grey's...", "Dr House"). Conduite de l'intrigue, qualité des personnages principaux comme secondaires, utilisation du second degré, choix des thèmes, haut niveau artistique. "Veronica..." est tout simplement un cran au dessus.
Quand le site officiel de « Veronica Mars » affichait cette phrase de Joss Whedon (créateur de Buffy et Angel) : « Veronica Mars, la meilleure série de tous les temps », il n'était peut-être pas loin de la vérité. Certes, il manque quelques atouts (notamment appartenir à une catégorie un peu plus convenable que « High-school slasher ») à la création de Rob Thomas et Joel Silver pour prétendre réellement à ce titre que personnellement je garde pour Les Sopranos. Mais quand on voit de quelle main de maître cette « petite » série a réussi à se construire un univers propre et aussi marqué, on ne peut être qu'admiratif. Tenante de l'ultra-feuilletonnant (les fameux serialized shows, « Veronica… » comme « Lost », « Veronica Mars » se permet des choses insensées, en terme de relance d'intrigues et de coups de théâtre, avec une différence de taille : elle réussit à retomber sur ses pattes sans inventer de nouveaux mystères qui ne déboucheront pas sur de nouvelles interrogations insensées. « Veronica Mars » saison 2 comme sa devancière offre une intrigue bouclée pour livrer un divertissement de haut vol. Un signe : même quand les intrigues sont un peu faibles (milieu de saison), les choix artistiques (mise en scène, bande-son, design), ainsi que la formidable ambiance – atmosphère très lourde qui règne à Neptune malgré (ou à cause) le soleil de plomb- sont là pour rattraper le coup. Et pour être sombre, elle est sombre cette nouvelle saison (disparition de personnages principaux, allusions aux MST, au viol, à la drogue, à la pédophilie…). Pari supplémentaire de la part des auteurs qui misent désormais sur un véritable personnage de film noir. Certes, Veronica (toujours aussi bien incarnée par Kristen Bell) est la gentille, certes elle triomphe toujours à la fin mais que de péripéties pour en arriver là. La super-héroïne de la première saison a perdu son insouciance et approche dangereusement du gotha des personnages dont les grands choix consistent en la moins pire des deux solutions foireuses. Une situation que l'on retrouve habituellement sur le câble dans les séries de HBO ou de FX. Cette saison, les intrigues parallèles se sont multipliées (un peu trop peut-être) pour nous offrir un festival de rebondissements, de cliffhanger comme seul… Lost sait aujourd'hui en délivrer mais avec infiniment moins de tact. Artistiquement, rien ne fait peur à Rob Thomas le magicien, le gars ne se défend pas mal non plus quand il s'agit de faire passer des piques, des vannes ou des insultes. L'une des grandes forces de la série réside dans la puissance de son casting. Si c'était une équipe de basket, on dirait qu'elle a du banc. Les seconds-rôles qui entourent Veronica ont livré de grosses performances, notamment le duo Weevil-Logan. Les frères Casablancas (Dick et « Beaver » ne sont pas mal non plus. Le sheriff Lamb nous fait un grand numéro. Crétin de première, on ne sait plus trop quoi penser de lui quand il se décide à écouter enfin Veronica et son père. Les guest de Charisma Carpenter en belle-mère ex-Cheerleader nympho, et le maire (dérangeant Steve Gutemberg) et sa barge de fille viennent parachever l'édifice. Quel équipe ! Côté plume maintenant, pas besoin d'être expert en fiction télévisée pour voir qu'il y a de la passion dans tout ça, les scénaristes prennent un pied évident à nous torturer avec apparitions de personnages improbables, ces trahisons qui n'en peut-être pas sont pas, enfin pas vraiment. Les mensonges, les manigances, les coups de théâtre. Le bouquet final de ce feu d'artifice de 22 épisodes est des plus réussis, sans rien raconter, on peut dire que Rob Thomas nous adresse une vraie leçon d'écriture télévisuelle dans laquelle il sort des traditionnels marquages narratifs des séries de 52 minutes. Malin comme un singe, il se permet tout, délocaliser la série géographiquement ou dans le temps ou dans des mondes parallèles. Comme à l'issue de la saison passée, quand le boss est aux manettes, le rythme s'accélère et la fin se déroule dans une ambiance irrespirable où les mystères tombent comme des mouches (et comme les personnages d'ailleurs !).
Au final, "Veronica Mars" s'en va vers sa nouvelle vie à la fac sans nous dire au revoir. Normal, on la retrouve juste après dans le premier épisode de la troisième saison. Trop fort ce Rob. Alors « Veronica Mars : the best TV show ever ? » Pas le pire en tout cas.
Veronica Mars 3 : même les meilleures choses ont une fin
Moins clinquante et moins rythmée (dès son nouveau générique d’ailleurs) que lors de ses saisons précédentes, « Veronica Mars » tire sa révérence sur quelques épisodes amères et réussis. Le compteur s'arrête là. Bye, bye Veronica !
Finir une série n'est pas une mince affaire. Beaucoup s'y sont cassés les dents. Rob Thomas, le créateur et showrunner de « Veronica Mars » avait eu, lui, le temps d'y penser. Sa série débutait à peine sur l'antenne de la défunte UPN en 2003 que des rumeurs d'annulation courraient déjà. Certains acteurs du casting principal avaient été remis sur le marché par leur agent, signe peu encourageant pour la série alors. La suite avait contredit la rumeur et « Veronica Mars », sans casser la baraque, avait démontrer qu'elle avait sa place artistiquement parlant dans ce monde de brute qu'est le prime-time américain. La série a ensuite passé le cut de la première saison puis de la seconde en enchaînant les tours de force. Photographie sexy, bandes-son inégalable, épisodes à structure, twist malin ou dantesque, guest-stars de standing, « Veronica Mars » restera dans l'histoire de la fiction télé des années 2000. Pour tout ce que l'on a déjà dit sur cette série sur ce type (voire précédentes saisons) . Son côté sucré-rock, ses personnages clichés assumés ou archétypes singuliers et toujours bien trouvés. Cette saison 3 a déçu nombre des aficionados de la série. Ce n'est pourtant pas une catastrophe. loin de là. Le nouveau générique (plus stylé) mais étrangement rythmé laissait entrevoir une rupture dans la conduite de cette série inclassable. Contrairement aux saisons précédentes à l'intérieur desquelles s'articulait une intrigue au long cours à chaque fois résolue, de main de maître (surtout la première) cette saison se présentait avec des intrigues plus courtes (et donc a priori plus difficilement convaincantes). La série a effectivement changé mais elle a gagné en gravité. Veronica (toujours impeccable Kirsten Bell) gagne en complexité. Elle est à la fois plus vulnérable, amoureuse, tout en gardant son esprit rebelle et cet éclair de folie qui peut lui permettre de faire n'importe quoi sur un coup de tête (et ça, c'est très jouissif). Veronica a des rêves, travailler au FBI, elle laisse les cons et les médisants de côté. Une grande leçon de vie et de façon d'être pour une jeunesse dorée qui ne passe son qu'à faire la fête (Logan et consorts). Ce n'est un secret pour personne que de dire que « Veronica Mars » n'a jamais trouvé son public. Malgré son aspect réussi de mystery show hype, malgré sa façon de n'être ni une série ado, ni une bluette, la série de Rob Thomas est restée coincée dans les limbes de l'audience. L'image branchée de la série a supporté un temps cet état de fait mais les chiffres restant les chiffres, les dirigeants de CW ont du prendre des décisions. Une annulation restait gérable. Le problème, et ce n'est pas la première fois que ça arrive, c'est que VM n'aura pas eu le temps nécessaire pour tirer correctement sa révérence. En effet, on ne peut pas imaginer que Thomas aie fait revenir, Leo (ancien adjoint et flirt de Veronica), Van Lowe (némesis de Keith) ou encore Jake Cane pour boucler sa série comme il l'a fait là. En même temps, ce qu'il y a de bien avec les meilleurs, c'est qu'ils font des trucs impeccables avec trois fois rien. Le dernier épisode, écrit par Rob Thomas, retrouve la veine tendue des meilleures épisodes des saisons 1 et 2. De manière plus globale, il y a eu une spirale indescriptible dans le dernier tiers de saison 3, les choses se sont empilées et se sont précipitées, la vie nous réserve des tours parfois pendables. La mort du sheriff Lamb, le crétin qu'on adorait détester en est certainement le symbole le plus voyant. Les ennuis judiciaires de la famille Mars viennent parachever cet étrange virage vers quelque chose de plus désespéré. Comme si Super Veronica n'allait pas pouvoir retomber une fois encore sur ses jambes. Notre héroïne préférée a les honneurs du dernier plan. Après avoir voté avec un étrange sourire aux lèvres, Veronica part se perdre dans une rue d'un Neptune devenu bien trop petit pour elle. Il pleut pour la première fois de la série ou presque. L'adolescence est finie. Bienvenue dans la vie adulte Veronica.
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